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On trouve che^ les mêmes Libraireé Us Ouvrages fuivaas , du mêmâ Auteur,

Se J-ÉaucntJDD des Enfans , tiadrït % l'Anglois par M. Cojle, &:c. Nouvelle Edition , oméc du portfaii Je l'Autcurj

, à laquelle on a joint li. raciliodc cfcfcr-

' vée , ^or l'^Uocatiioa' àts iEu£ins -ie

France. 1 vol. i«- 14. / liv.

Du Gouvcniemem Gvil , àa^ jtiénie traduit de l'Anglois ■-, édition cxaitejH ment revue Sc corrigce Air laderJiiet^B de Londres > aiigmcntce d'un prccil^B hiftotiquc de la vie de l'Auteur, i vol.» il- Il j liv* 1

^1

V.J^.l

ESSAI

PHILOSOPHIQUE

CONCERNANT

L'ENTENDEMENT HUMAIN,

1(1 montre quelle ejî l'éundue de nos mffauces certaines-, & la manière Il nous y pàfye/wKS , , " Par m. Locke. Traduit de l' Anglais par M. CoSTE.

QiMnïttnï Ëdiiinn . irvue , coiti^^i A augintirlée Je qu«1quci «diliiiaiii impaitiniei de l'Auitur , qui n'oni piiu <iu'jpici fa rnoil , ll< de pluticuii icmar- quH du Tiaduàcul , doiii quciqucs-unct piroiltcnt foia la prcrntdc foi) dam ccuc Edilion.

Qium iettma iS irillt confiitti peiint nifciri ^uoà nifciu , fnàM ij]a tffiiiitiiim tiaurea'i, at.ine i^jum fibi iif^tl- tft l Cx. Je ttu. D:<.t. L\b. 1.

TOME PREMIER.

A PARIS. S A V o Y B , LibNiTc , rue Siint-Jac- qaes. X R V I I R E ( Lïbi-aiie , lue Siint- Jcan-dc-Dcjuvais.

787.

604980

'^TRADUCTEUR,

ï j'allois faire un long difcours à la tête de ce livre pour étaler tout ce que j'y ai remarqué d'excellent, je ne craindrois pas le reproche qu'on faità la plupart des traducteurs, qu'ils relèvent un peu trop le mérite de leurs originaux pour faire valoir le foin qu'ils ont pris de les publier dans une aurre langue. Mais , outre que j'ai été prévenu dans ce deflein par plufieurs célèbres écrivains an— glois , qui tous les jours font gloire d'admirer la jufttfTe, la profondeur, & la netteté d'efprit qu'on y trouve prefque par-tour, ce feroit une peine fore inutile. Car, dans le fond, fur des matières de la nature de celles Ai

6 Avernjfement

qui font traitées dans cet ouvrage^ ] perfonne ne doit en croire que (on propre jugement, comme M. Locke nous l'a recommandé lui-même, en nous faifant remarquer plus d'une fois ( I ) , que la foumîjjîon aveugle aux fentimens des plus grandi hom- mes , a plus arrêié le progrès de la connoijjànce qu'aucune auire ckoje. Je me contenterai donc de dire un mot de ma traduâion , & de la dif- pofition d'efprit doivent être ceux qui voudront retirer quelque profit de la leâure de cet ouvrage.

Ma plus grande peine a été de bien entrer dans la penfée de l'au- teur; & , malgré toute mon appli- cation , je ferois fouvent demeuré court fans PalTiftance de M. Locke , qui a eu la bonté de revoir ma tra- dudion. Quoiqu'en plufieurs endroits

fi) yaytj tntr'autret tndroits le j. 1} du t ehap. m, liv. I. '

du Traducteur, 7

mon embarras ne vînt que de mon peu de pénétration , il eft certain <]i]'en général le fujet de ce livre , & la matière profonde dont il traite , demandent un leâeur fort attentif. Ce que je ne dis pas tant pour obli- ger le leâïur à excufer les faines qu'il trouvera dans ma traduâiiin , que pour lui faire fentir la néceffîté de le lire avec application , s'il veut en retirer du profit.

II y a encore , à mon avis , deux précautions à prendre pour pouvoir recueillir quelque fruit de cette lec- ture ; la première eft , de laijfer h quartier toutes les opinions dont on efi prévenu fur les quefiions qui font traitées dans cet ouvrage; & la fé- conde , de Juger des raifonnemens de l'auteur par rapport a ce qu'on ttottve en foi-même , fans fe mettre en peine s'ils font conformes ou non à ce qu'a dit Platon , Arifiote, CaffèndiyDeJcartesyOuciudqu'zutrt cékbre phUofophe. C'eft dans cette A4

-K Avenijfement

difpofition d'eJprit que M. Loclai^ a compofé cet ouvrage. Il eft tout vifiblc qu'il n'avance rien que ce qu'il croit avoir trouvé conforme à la vérité , par l'examen qu'il en a faici .en lui-même. On diroit qu'il n'a rien ^ appris de perfonnc, tant il dit les choies les plus communes d'une ma- nière originale ; de forte qu'on eft convaincu, en lifant fon ouvrage , qu'il ne débite pas ce qu'il a appris d'autrui comme l'ayant appris, mai».- comme autant de vérités qu'il a troq^ vées par fa propre méditation. JTel crois qu'il faut nécefTairement entrejcl dans cet efprit pour découvrir tout0j la flruéhire de cet ouvrage , & pouf voir fi les idées de l'auteur font con-fl formes à la nature des chofes. , I

Une autre raifon qui nous doit obliger à ne pas lire trop rapidement cet ouvrage, c'eft l'accident qui eft arrivé à quelques perfonnes , d'att^ J qucr des chimères en prétendant ac*! laquer les fentiinens de l'auteur. Oa,

du Traduâcur. p

en peurvoir un cxeiwpk- dans la pré- face même de M. Locke. Cet avis regarde lur-tout ces aventuriers qui, toujours prêts à entrer en lice contre tous les ouvrages qui ne leur plail'ent pas, les attaquent avant de fc donner la peine de les entendre. Semblables aux héros de Cervantes , ils ne pen- fentqu'à (ignaler leur valeur contre tout venant; &, aveuglés par cette paflîon démefurée , il leur arrive quelquefois comme à ce défaflreux: chevalier, de prendre des moulins— i-vent pourdesgéans. Si les anglois, ^uifont naturellement fi circonfpeâs, Âartombcs dans cet inconvénient ^^^fbarddu livre de M. Locke; oq H^^^a bien y tomber ailleurs, & psrconféquent Tavis n'eft pas inutile: en profitera qui voudra.

A regard des déclamateurs , qui ne fongent ni à s'inftruire ni k inf— truire les autres, cet avis ne les re- garde point. Comme ils ne cherchent pas la vérité, on ne peut leur fou- Ai

10 AvenijfemcTit

haiter que le mépris du public ; jufte 1 compenfe de leurs travaux , qu'ils , ne manquent gueres de recevoir tôt ou tard. Je mecs dans ce rang ceux qui s'aviferoieit de publier , pour rendre odieux les principes de M. ] Locke , que , félon lui , ce que nous ' tenons de la révélation n'efl: pas cer- tain, parce qu'il diflingue IdiCeriiiude d'avec la/ô/ ; & qu'il n'appelle cer~ tain que ce qui nous paroît véritable par des raifons évidentes, & que nous voyons de nous-mêmes. 11 efl vifible que ceux qui feroient cette objcâion , fe fonderoient unique- ment fur l'équivoque du motcrm- tude , qu'ils prcndroient dans un fens populaire , au lieu que M. Locke l'a J toujours pris , dans un fens philofo— phique, pour une connoiflance évi- i dente, c'eft-a-dire, ^i^^ur la percep- tion de la convenance ou de la difcon- i venance qui efl entre deux idées; [ aiiifi que M. Locke le dit lui-même plufieurs fois , en autant de termes^

du Traduclcur. 1 1

Comme cette objeaion a été impri- mée en anglois , j'ai été bien-aife d'en avertir les lefteurs françois , pour empêcher , s'il fe peut , qu'on ne barbouille inutiienient du papier en la renouvellant ; car , apparem- ment elle feroitfifflée ailleurs, comme elle l'a été en Angleterre.

Pour revenir à ma traduction , je n'ai point fongé à difputer le prix de rélocution à M. Locke , qui , à ce qu'on dit , écrit très-bien en anglois. Si l'on doit tâcher d'enchérir fur fon origjinal, c'eft en traduifant des ha- rangues & des pièces d'éloquence, dont la plus grande beauté confifte dans la noblene & la vivacité des ex- prefîions. C'eft ainlî que Cicéron en ufa en mettant en latin les harangues S^Efchinc & Démojîkene avoient prononcées l'un contre l'autre ; Je Us ai traduites en orateur(^ i ), dit-il ,

(l) Nec conveni ui intcrpres , fed ut orxnt, Dt optimo gtntre ontoiiem. c. J,

IX Avcnijfcment

i& non en interpréta. Dans ces fortes d'ouvrages , un bon craduâeur pro- fite de tous les avantages qui fe pré^ Tentent 9 employant y dans l'occafion y des images plus fortes , des tours plus Tifs^ des expreflions plus brillantes^ ^ fe dpnnant la liberté , non-feule- ment d'ajouter certaines penfées y mais même d'en retrancher d'autres qu'il ne croit pas pouvoir mettre heureufement en œuvre (i); qua defperat traclata nitefcere pojfe^ re^ linquit. Mais y il ell tout vifible qu'une pareille liberté feroit fort mal placée dans un ouvrage de pur raifonnement comme celui- ci ^ une expreflîon trop foible ou trop forte déguife la vérité, & l'empêche de fe montrer à l'efprit dans fa pu- reté naturelle. Je me fuis donc fait une affaire de fuivre fcrupuleufement mon auteur fans m'éçarter le moing

(i) Horat.Dt arte pcëtici. Vers 14P, i;o«

du Traducieur. 15

lia monde; &, fi i*ai pris quelque liberté ( car on ne peut s'en palTer ) , c'a toujours été fous le bon plaifir de M. Locke , qui entend aflez bien le françoià pour juger quand je rendois exadement fa penfée , quoique je prifle un tour un peu difFt'rent de celui qu'il avoir pris dans fa lan- g;ue. Etpeut-être que, fans cette per- miOion , je n'aurois ofé , en bien des endroits, prendre des libertés qu'il &Iloît prendre ncceflairement pour bien repréfenterla penfée de l'auteur. Surquoi il me vient dans l'efpritqu'on pourroitcompareruntradudeuravec un plénipotentiaire; la coniparaifon efl:magnifique,& je crains bien qu'on me reproche de faire un peu trop valoirun roétierqui n'efl pas en grand crédit dans le monde. Quoi qu'il en foit, il me fenibie que le tradufteur & le plénipotentiaire ne fauroicnt bieo profiter de tous leurs avantages, ix leurs pouvoirs font trop limités. Je a*ai pointa me plaindre de ce cùté-ià.

Avenijfement La feule liberté que je me fuis donné fans aucune réfqrve , c'eft de m'exprinier le plus nettement qu'il m'a été pofllble. J'ai niistoutenufage pour cela. J'ai évité avec foin le ftyle figuré dès qu'il pouvoit jeter quelque confufiondansrefprit.Sans me mettre en peine de la mefure & de l'harmonie des périodes, j'ai répété le mèmeniot, toutes les fois que cette répétition pouvoit fauver la moindre apparence d'équivoque; je me fuisfervi, autant que j'ai pu m'en reflbuvenir, de tous les expédieas que nos grammairiens ont inventé pour éviter les faux rap- ports. Toutes les fois que je n'ai pas bien compris une penfée en anglois, parce qu'elle renfermoit quelque rap- port douteux ( car les anglois ne font pas fi fcrupuleux que nous fur cet article ),)'ai tâché, après Tavoircom- prife, de l'exprimer fi clairement en françois , qu'on ne pût éviter de l'en- tendre. C'eft principalement par la netteté que la langue françoife em-

du Traducteur. i ^

porte le prix fur toutes les autres lan- ' gués, fans en excepter les langues fa- vantes, autant que j'en puis juger. Et c'eft pour cela, dit (i) le P. Lami, qu'elle eji plus propre qu aucune ûture pour tra iter les fciences , parce qtjtdie le fait avec une admirable clanL Je n'ai garde de me figurer que ma tradudion en foir une preuve; mais je puis dîreque je n'ai rien épar- gna pour me faire entendre; &.que mes fcrupulcs ont obligé M. Locke à exprimer en anglois quantité d'en- droits, d'une manière plusprécife & plusdiflinâe qu'il n'avoitfaitdansles trois premières éditions de ion livre. ■Cependant, comme il n'y a point de langue qui , par quelqu'endroit , ne foit inférieure à quelqu'autre , j'ai éprouvé, dans cette tradudion , ce que je ne favois autrefois que par oui-dire , que la langue angloife elt

(i) Dans fit rhéioriqiie OKI arc deparUr , p. 4p, iditioii d'Âmfttrdum , 1699»

l6 Avenijfement

beaucoup plus abondante en termes que la Jangue françoife , & qu'elle s'accommode beaucoup mieux des mots tout-à>fait nouveaux. Malgré les règles que nos grammairiens ont prefcrites fur ce dernier article , je crois qu'ils ne trouveront pas mauvais que j'aie employé des termes qui ne font pas fort connus dans le monde ^ pour pouvoir exprimer des idées tou- tes nouvelles. Je n'ai gueres pris cette liberté que je n'en aie fait voir la né- ceffité dans une petite note. Je ne fais fi l'on fe contentera de mes raifons. Je pourrois m'appuyer de l'autorité du plus favant des romains y qui , quel- que jaloux qu'il fût de la pureté de fa langue , comme il paroît par fes difcours de l* orateur ^ ne put fe dif- penfer de faire de nouveaux mots dans fes traités philofophiques. Mais y un tel exemple ne tire point à confé— quence pour moi , j'en tombe d'ac- cord.Cicéronavoitlefecret d'adoucir

la rudefle de ces nouveaux fons par

du TraduReur. \f '

le charme de fon éloquence j & dé- dommageoit bientôt fon leâeur par mille beaux tours d'exprefllon qu'il avoit à commandement. Mais, s'il ne m'appartient pas d'autorï&r la li- berté que j'ai prife, par l'exemple de cet illuftre romain ; qu'on me per- mette d'imiter en cela nos philofo- phes modernes, qui ne font aucune difficulté de faire de nouveaux mots quand ils en ont belbin ; comme il me feroit aifé de le prouver, fila chofe en valoit la peine.

Au refte , quoique M. Locke ait l'honnêteté de témoigner publique- ment qu'il approuve ma traduction, je déclare que je ne prétends pas me prévaloir de cette approbation. Elle fignifie tout au plus qu'en gros je fuis entré dans fon fens ; mais elle ne ga- rantit point les fautes particulières qui peuvent m'éire échappées. Mal- gré toute l'attention que M. Locke a donné à la lefturc que je lui ai faite de ma craduâion, avant que de l'en-

ï8 Averdjfcment j &c.

voyer à Timprimeur , il peut fort bien avoir laifTé pafTer des expreflions qui ne rendent pas exadement fa penfée. Mais ,^uoi qu'on penfe de cette tra- dudiofr^i i^ m'imagine que j'y trou- verai encore plus de défauts que bien des leâeurs y plus éclairés que nK)i ^ parce qu'il n'y a pas apparence qu'ils s'avifent de l'examiner avec autant de foin que j'ai réfolu de faire.

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A V I S

SUR CETTE

QUATRIEME ÉDITION.

s^uoiQUE dans la pfcmiere édi- tion frjrçojfe de cet ouvrage , M. Locke m'eûc lailTé une entière liberté d'emiiloyer les toun que je jugeroîs tes plas propres à exprimer fes penfées. Si, qu'il entendît aflez bien le génie de la langue françoife, pour fencîr Ci mes eitpreflions répondoient exaâement à fes idées, j'ai trouvé , en lut relifant ma traduftion imprimée, & après l'a- voir, depuis, examinée avec foin, qu'il y avoir bien des enJroits à réformer, tant à l'égard du flyle qu'à l'égard du ,fenï. Je dois encore un bon nombre de correilions àlacritiquepénécrante d'un des plus folides écrivains de ce fiecle.

20 Avis fur la quatrième Edition. rilluftre M. Barbey râc, qui ^ ayant lu ma craduâion , avant même qu'il entendît Tanglois, y découvrit des fau- tes , & me les indiqua avec cette aijnable politefle y qui eft inféparable d'un efpric modefte & d'un cœur bien fait.

En relifant l'ouvrage de M. Locke , j'ai été frappé d'un défaut que bien des gens y ont obfervé depuis long tems ; ce font les répétitions inutiles. M. Locke a prefTenti rob]e(Slion ; & , pour juftifier Its répétitions dont ila groffi fon livre: il nous dit dans fa préface: Qu'une même notion y ayant différens rapports ^ peut être propre ou nécejjcire à prouver ou à éclairàr différentes parties d'un même difcaurs , & que , s'il a répété les mêmes argumens , fa été dans des vues différentes. L'excufe eft bonne en général ; mais il refte bien des répétitions qui ne femblent pas pou- voir être pleinement juftifiées par-lâ.

Quelques perfonnes, d'un goûttrè$«> délicat , m'ont extrêmement foUicité à

jtvis fur la quatrième Edition. 1 3 ouvrage 9 & que les réponfes de M. Locke ceRdoient plutôt à confondre Ton ancagonifte, qu'à éclaircir ou à confir- mer la doârioe de fon livre. J'excepte les objeâions du doâeur StiUingfleet » contre ce que M. Locke a dit dans fon effai (liv. IV , cb. III, $. 6. ) qu'on ne fauro'u ctre ajfuré que DUu ne peut point donner à certains amas de matière , difpofés comme il le trouve à propos , la puijfance iappercevoir fy de penfer. Comme c'eft luie queftion curieufe, j'ai mis fous ce paflàge tout ce que M. Locke a imaginé fur ce fujet dans fa réponfe au doâeur StiUingfleet. Pour cet effet , j'ai tranf- aic une bonne partie de l'extrait de cette réponfe, in^primé dans \ts nou* velles de la république des lettres , en 1 6ppy mois d'oâobre, p. 3(>3j &c. , & mois de novembre, p. 497, &c. Et comme I j'avois compofé moi-même cet extrait^ ' j'y ai changé, corrigé , ajouté & retran- ché plufieurs chofes , après l'avoir com<

14 Avis fur la quatrième Edition. paré de nouveau avec les pièces origi- nales , d'oii je l'avois tiré.

Enfin y pour tranfmettre à la poftériré ( fi ma traduâion peut aller jufques-là) lecaraâere de M. Locke ^ tel que je Tai conçu après avoir paflfé avec lui les fept dernières années de fa vie, je met- trai ici une efpece d'éloge hiftoriquede cet excellent homme,. que je compofai peu de tems après fa mort. Je fais que mon fuflfragey confondu avec tantd*au« très d'un prix infiniment fupérieur, ne fàuroit être d'un grand poids ; mais , s'il eft inutile à la gloire de M. Locke , ilferviradu moins à témoigner qu'ayant vU & admiré fes belles qualités , je me fuis fait un plaifir d'en perpécueir la'- mémoire.

ÉLOGE

ÉLOGE DE M. LOCKE.

Contenu dans une Lettre (/uTraduc* leur à l'Auteur des Nouvelles de la République des Lettres , ài'occajion de la mon de M. Locke, & injéré

. dans ces Nouvelles , mois de février 170s, page 154.

M

OHSIEUR ,

Vous venez d'apprendre la mort de rilluftre M. Loci:e. Ç'clt une perre gé- nérale. Aufli eft-il regretté de tous les gens de bien , de tous les finceics ama- teurs de la vérité, auxquels ("on carac- tère éroit connu. On peut dire qu'il écoit pour le bien des hommes. C'eft à quoi ont tendu la plupart de les ac- tions : & je ne fais Ci , durant ia vie, il s'eft trouvé, en Europe, d'homme qui fe Toit appliqué plus iincéreinent à ce noble deflèin, & qui l'ait exécuté fi heureulemenr.

Je ne vous parlerai point du prix de tes ouvrages ; l'etlime qu'on en fait, & B

t6 Éloge de M, Locke.

qu'on en fera tant qu'il y aura du bon fens & de la vertu dans le monde; le bien qu'ils ont procuré ^ ou à l'Angle- terre en particulier , ou en général à tous ceux qui s'attachent férieufemenc à la recherche de la vérité , & à l'étude du chriftianifme , en fait le véritable éloge. L'amour de la vérité y paroîc vifiblement par-tout ; c'eft de quoi con- viennent tous ceux qui les ont lus. Car, ceux-là même qui n'ont pas goûté quel- ques-uns des fentimens M. Locke lui ont rendu cette juftice y que la ma- nière dont il les défend, fait yoir qu'il n'a rien avancé dont il ne fût (incere- ment convaincu lui-même. Ses amis lui ont rapporté cela de plusieurs endroits: Qu'on objecle après cela , répondoit-il , tout ce qu'on voudra contre mes ouvrages , je ne m'en mets point en peine ; car j puip- qu'on tombe (t accord que je ny avance rien que je ne croie véritable , je me ferai toujours un plaijir de préférer la vérité à toutes mes opinions, dès que je verrai par moi-même^ ou qu'on me fera voir qu'elles n y font pas conformes. Heureufe difpo- fition d'efprit , qui , je m'aflTure , a plus contribué que la pénétration de ce beau géni» , à lui faire découvrir ces grandes

Êioge de M. Locke. s.7

& utiles vérités qui font répandaes dans les ouvrages!

Mais, fans m'arrêter plus long-rems iconfidcrer M. Locke fous la qualité à'Autear, qui n'eft propre, bien fou- venc y qu'à mafquerle véritable naturel de la perfoone, je me hîce de vous le ftfîre voir par des etidroits bien plus ai- mables, & qui vous donneront une plus haute idée de fon mérite.

M. Lockeavoii uncgrandeconnoir- fancedu monde Se des aÀkires du monde. Prudent fans être fin, il gagnoit l'ef- time des hommes par fa probité, & écoic coujours à couvert des attaques d'un faux zmi ou d'un lâche dateur. Eloigné de toute baiïe complaif^nce , Ion habileté, fon expérience, fes ma- nières douces & civiles le failbieni ref- Fcâer de fes inférieurs, lui attiroient ertimede feségaux, l'amitié &Iacon- fiince des. plus grands feigneurs.

Sans s'ériger en do£teur , il inftrui- foit par faconduite. Il avoit été d'ubord allez porté à donner des confeih à fes amis, qu'il croyoit en avoir befoin : mais t enBn , ayant reconnu que (es bons ton/ciJj ne fervent point à rendre les gens piitf/agcSf il devint beaucoup plus rc-

Eloge de M. Locke. ^^^^" tenu fur cet article. Je lui ai fouvenc entendu dire que la première fois qu'il ouït cecie maxime, elle lui avoit paru fort étrange, mais que l'expérience lui avoit montré clairement la vérité. Par confeiU , il faut entendre ici ceux que l'on donne à des gens qui n'en deman- dent point. Cependant, quelque défa- bufé qu'il fûtdei'efpérancedeiedrefler ceux à qui il voyoic prendre de faulTes mefiircs , fa bonté naturelle, l'averfion qu'il avoit pour le défordre, ôc l'intérêt qu'il prenoit en ceux qui croient autour de lui, le forçoient, pour aiiifi dire, à rompre quelquefois la réi'oluiion qu'il avoit prile de les lailTcr en repos , & à leur donner les avis qu'il croyoic pro- pres à les ramener; mais , c'étoit tou- jours d'une manière moJelte, &capable de convaincre l'efprit, parle foin qu'il prenoit d'accompagner fes avis de rai- fons folides, qui ne lui manquoient ja- mais au befoin.

Du refte , M. Locke étoit fort libéral de fes avis lorfqu'on les lui demandoît, & l'on ne le confultoit jamais en vain. Une extrême vivacité d'efprit , l'une de fes qualités dominantes , en quoi il n'a peut-être jamais eu d'égal > fa grande

Éloge de M. Loche. 19

expérience, & le delîr fiiicerc qu'il avoie lierre utile à tout le monde , lui four- DÎflbient bientôt les expédient les plus juftes& les moins dangereux. J s dis les moins dangereux: car, ce qu'il l'epro- poroii, avant routes chofes, éioit de ne faire aucun mal à ceux qui leçon fui - coîent \ c'étoit une de Tes maximes fa- vorites qu'il ne pcrdoit jamais de vue dans l'occafion.

Quoique M. Locke aimât fui-iout les vérités utiles , qu'il en nourrît Ton erprii , & qu'il fut bîcn-aife d'en l'aire le fujet de Tes converl'ations; il avoit accoutumé dédire, que pour employer utilement une partie de cette vie à des occupations rérieulês, il falloitcnpaiïer une autre à de (impies divertilTemens: & lorfque l'occafton s'en préfentoit na- nirellemeni,ils'abandunnoitavecplaiftr aux douceurs d'une converfation libre & enjouée. Il tavoii plufieurs contes agréables dont ilfe Ibuvenoirà propos; & ordinairement il les rendoit encore plus agréables par la manière fine & aifée dont \\ les racontoit. II airaoic allez la raillerie, mais une raillerie dé- licate & tout-à-fait innocente.

Pcrfonne n'a jamais mieux entcniu Bi

Éloge de M. Locke.

l'art de s'accommoder à la portée d toutes fortes d'erprits ; ce qui e(l / mon avis, l'unedes plus fuies marqua d'un gtand génie. ■)

Une de fes adretTes dans la conveir#j fation étoic de faire parler les gens fur ce qu'ils entendoieni le mieux. Avec un jardinier, il s'entrerenoir de jarJi- hage , avec un joaillier de pierreries , avec un chymille , de cliymie, &c. » Par-là, difoit-il lui-même, je plais » à tous CCS gens-là , qui, pour l'or- » dinaire, ne peuvent parler percinem- » mentd'autrethofe.Commeils voient » que je fais cas de leurs occupations » » ils fonccharmésdemefaire voir leur » habileté, & moi , je profite de leur » entretien ".Efleâivement, M. Locke avoit acquis par ce moyen une allez grande connoiOance de tous les arts , & s'y perfedionnoit tous les jours. Il dtfoitaullî.que laconnoilTance des arts conienoit plus de véritable philofophie que toutes ces belles <St favantes liypo- thèfes , qui , n'ayant aucun rapport avec la nature des chofes, ne fervent au fond qu'à faire perdre du tems à les inventer ou à les comprendre. Mille fois j'ai ad- miré comment , par diBcreutes iucei-

Éloge de M. Locke. )t

rogations qu'il Êiifoic à des gens de métier y il trou voit le fecrct de leur art qu'ils n^ntendoient pas eux-mêmes , & leur fourniflbit fort fouvent des vues toutes nouvelles qu'ils étoient quelquefois bien - aifes de mettre à profit.

Cette facilité que M. Locke avoit à s*entretenir «vec toutes fortes de per- fonnes ^ le plaifir qu'il prenoit à le faire , furprenoit d abord ceux qui lui parloient pour la première fois. Ils étoient charmés de cette condefcen* dance , aflez rare dans les gens de let* très y qu*ils attendoient fi peu d'un Iiomme que Tes grandes qualités éle** voient fi fort au-deflUs de la plupart des autres hommes* Ëiçn des gens ^ qui ne le connoiifoient que par les écrits ou par la réputation qu'il avoit d'être un des premiers philolbphes du fiecle, s'étant figurés par avance que c'étoit un de ces efprits tout occupés d'eux* mêmes & de leurs rares fpéculadons ^ incapables de fe familiarifer avec le commun des hommes , d'entrer dans leurs petits intérêts , de s'entretenir des afiaires ordinaires delà vie, étoient

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^1 Éloge de M. Locke.

tout étonnés de trouver un homme affable, plein de douceur, d'humanité, d'enjouement, toujours prêt à les écou«* ter , à parler avec eux des chofes qui leur étoient \ts plus connues, bien plus emprefle à s'inftruire de ce qu'ils fa- voient mieux que lui , qu'à leur étaler fa fcience. J'ai connu un bel efprit en Angleterre , qui fut quelque tems dans la même prévention. Avant que d'avoir vu M. Locke, il fe l'étoit repréfenté fous l'idée d*un de ces anciens philo- fophes à longue barbe , ne parlant que par fentences , négligé dans fa per- îbnne, fans autre politefle que celle que peut donner la bonté du naturel : efpece de poiitefle quelquefois bien grofTiere & bien incommode dans la fociété civile. Mais dans une heure de converfation , revenu entièrement de fon erreur à tous ces égards, il ne put s^empêcher de faire connoitre qu'il ft- gardoit M. Locke comme un homme des plus polis qu'il eût jamais vu. Ce n*efi pas un philofophe toujours grave ^ toujours renfermé dans fon caraSere , comme je me l'étais figuré : c*ejl , me dit-il, un parfait homme de cour j autant

Ehge de M. tocke. Jj

aimable par Jet maniera civiles & obll- geaares , qu admirable pjr l-t projondcur & la <ié!Uacej}c de fort génie,

M. Locke étoic éloigné de prendre ces airs de gravité, par oii ceriaînej gens, favans A non fjvans, aimcrï: à fe didinguer du reile des hommes, qu'il les regardoic au coiuraire tomme une marque infdilliblc d'imjiertinence. Quelquefois même il fe divertilîbit à imirer cetre gravité conceriée , pour la tourner plus agréablement en ridicule; &, dans ces rencimrres, ilfefouve- noic toujours de certe maxime du duc de la Rochefoucault, qu'iladmiroit fur louies les autres ; La gravité efi un mys- tère du lorps inventé pour cacher les dé~ fauts de l'e/pric. Il aimoicauin à confir- mer fon fentiment fur cela par celui dii fàmeaxcomtç Ae ihafixbury[v), à qui il prenoit plaifir de faire honneur de toutes les ihofes qu'il croyoit avoir ap- prifes dans fa convcrfation.

Rien ne le flatoit plus agréabbmenc que l'eftime que ce feigneur conçue

(t) ChaaccUei d'Aoglcterre fôos le icgue de Ckatkt U.

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34^ Éloge de M. Loche.

pour lui prefqu'aufli-tôt qu'il l'eue vu j & qu'il corrferva depuis couc le refte de fa vie. Et, en effet, rien ne met dans un plus beau jour le mérite de M. Locke, que cette eflime confiante qu'eut pour lui mylordShaftsbury, le plus grand génie de Ton fîecle, fupé- rieuràtantdebonsefprits qui brilloienc de Ton tems à la cour de Charles II» non - feulement par fa fermeté , par fon intrépidité à foutenir les véritables intérêts de fa patrie, mais encore par fon extrême habileté dans le manîmenc des affaires les plus épineufes. Dans le tems que M. Locke etudioit à Oxford, il fe trouva par accident dans fa com- pagnie ; & une feule converlation avec ce grand homme lui gagna fon ellime & fa confiance à tel point que bientôt après mylord Shaftsbury le retint auprès de lui , pour y relier auffi longtems quelafanté ou les affaires de M. Locke le lui pourroient permettre. Ce comte excelloit fur-tout a connoître \qs hom- mes. Il n'étoit pas poffible de furprendre fon eftime par des qualités médiocres ; c'cft de quoi fes ennemis même n'ont jamais difconvenu. Que ne puis-je, d'un autre côté, vous faire connoître la

Eloge de M. Locke.

haute idcç que M. Locke avuir du mé- rite de ce l'eigneur ! 11 ne perdoic au- cune occafion d'en parler . & cela d'un ton qui railbii bien fentir qu'il écoic fortement perfiiadé deceqù'ilendifoir. Quoique mylord Shafisbary n'eût pas donné beaucoup de cems à la ledure, rien n'étoit plus jufle , au rapport de M. Locke , que le jugement qu'il fii- foit des livres qui lui tomboient entre les mains. Ildomèlolt en peu de rems le delTein d'un ouvrage , & , fans s'atta- cher beaucoup aux paroles qu'il parcou- roit aiec une extrême rapidité , il dé- couvroit bientôt (i l'auteur étoit maître de fon l'ujer, & ces railbnnemcns étoienc exad:s. Mais, M Locke admi- roit fur-tour en lui , ceccc pénétration , cette préfence d'efprit qui lui fournif- foit toujours les espédiens les plus utî- Jes dans les cas les plus dérelpérés , cette noble liardiclVî: qui éciatoii dans rous fesdifcours publics , toujours gui- dée par un jugemeni Iblide, qui, ne lui permettant de dire que ce qu'il de- voir dire , régloit toutes fes paroles , & ne laiiroit aucune prife à ta vigilance de Tes ennemis.

Durant le tems que M. Locke vécut B6

3 6 Eloge de M. Locke:

avec cet illuflre feigneur , il eut l'avan- cage de connoître tout ce qu'il y avoit en Angleterre de plus fin, de plus fpi- rituel & de plus poli. Ceft alors qu'il ie fit entièrement à ces manières douces & civiles, qui, foutenues d'un langage aifé & poli , d'une grande connoilTance du monde, & d'une vafle étendue d'efprit, ont rendu fa converfation H agréable à toutes fortes de perfonnes. C'efl alors fans doute qu'il fe forma aux grandes affaires dont il a paru fi ca- pable dans la fuite.

Je ne fais fi fous le i^oi Guillaume, le mauvais état de fa fanté lui fit refufer d'aller en ambaiïade dans une des plus confidérables cours de r£urope. II efl certain du moins que ce grand prince le jugea digne de ce pode^ & perfonne ne doute qu'il ne l'eût rempli glo- rieufement.

Le même prince lui donna, après cela, une place parmi les feigneurs commiflaires qu'il établit pour avancer l'intérêt du négoce & des plantations. Xl. Locke exerça cet emploi durant pluHeurs années; & l'on dit ( ab/it in^ vidia verbo) qu'il étoit coofime l'ame de ce noble corps. Les marchands les

Elogt de M. Locke. 57

plus expcfimentés admiroiene qu'an homme ..qui avoit (.lalTc fa vie à l'étude de Ja médecine, des belles lettres, ou de la phiioTophie, eût vues plus étendues & plus fùrcs qu'eux fur une chofe à quoi ils s'étoieiit uuiquemenr appliqués dés leur première jeunefTe. £nRii lorique M. Locke ne put plus paOër l'été à Londres fans expofer fa vie, il alla le démettre de cette charge filtre les tnains du roi, par la raifon que fa famé ne pouvoir plus lui per- mettre de relier longtcms à Londres. Cette raifon n'empêcha pas le roi de folliciter M. Locke à conferver fou pofle» après lui avoir dit expreflemeue qu'encore qu'il ne pût demeurer à Londres que quelques femaines , fcs fervjces dans cette place ne laifleroieirt pas de lui être fort utiles : mais il fe rendit enfin aux inftances de M, Locke, qui ne pouvait fe réfuudre à garder un emploi aufli important que celui-là , fans en faire les fondions avec plus de régularité. 11 forma Ôc exécuta ce deiTcin fans en dite mot à qui que ce foit , évitant par une générofité peu commune ce que d'autres auroieat le-

40 Eloge de M. Locke.

du defir de remporter la vidoire , fe cachent fous rambiguicé d*un terme pour mieux embarraflfer leurs adver- îaires. Et lorfqu'il avoit à faire à ces fortes de gens , s'il ne prenoit par avance une forte réfoiution de ne pas fe fâcher, il s'emportoit bientôt. Et en général si eft certain qu'il étoit naturellement aflièz fujet à la colère. Mais ces accès ne lui duroîent pas long-tems. S'il confer- voit quelque reffentimcnt , ce n'étoit que contre lui-même , pour s'être laiffe alTer à une paiTion f\ ridicule , & qui, comme il avoit accoutumé de le dire ^ peut faire beaucoup de mal , mais n'a jamais fait aucun bien. 11 fe blâmoit fouvent lui-même de cette foiblefle : fur quoi il me fouvient que deux ou trois femaines avant fa mort, comme il étoit afljs dans un jardin à prendre i'air par un beau foleil, dont la chaleur iut plaifoit beaucoup, & qu'il mettoic à profit en faifant tranfporter fa chaife vers le foleil à mefure qu'elle fe cou- vroit d'ombre , nous vînmes à parler d'Horace, je ne fais à quelle occafîoh, & je rappel lai fur cela ces vers il die de lui-même qu'il étoit :

Eloge de M. Locke. ^

Solibus apcum ; placabilit elTem.

Irafci celcrem tamen

qu'il aimoit la chaleur du folcil, & » qu'étant naturellement prompt & » colère, il ne laiHoit pas d'être facile ■a à appaifer ». M. Locke répliqua d'abord que s'il ofoit fc comparer à Horace par quelqu'endroît, il lui ref- fembloit parfaitement dans ces deux chofcs. AKisafinque vous foyiez moins furprisdc famodeJlie en cette occafion, je fuis oblige de vous dire tout d'un icms qu'il regardoit Horace comme un des plus fages &. des plus heureux Ro- mains qui ayent vécu du lems d'Au- gufle, par le foin qu'il avoir eu de fe confcrver libre d'ambition & d'ava- rice , de borner fcs defirs & de gagner l'amiiié des plus grands hommes de f(in (îecle, fans vivre dans leur dépen- dance.

M. Locke n'approuvoit pas non