Google

This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project

to make the world's bocks discoverablc online.

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

publisher to a library and finally to you.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. We also ask that you:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web

at|http: //books. google .com/l

Google

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.

A propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl

r

GRAMMAIRE

«

DE LA LANGUE EHMÈRE

(CAMBODGIEN)

-^ï-: ^ ^^i'^ciz^*.

0 *.- > ^?**-. -. j" «-♦*.iv*« - >- »-.

OUVRAGE PUBLIÉ SOUS LE PATKONiGE DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT

GRAMMAIRE DE LA LANGUE KHMÈRE

(CAMBODGIEN)

PAR

GEORGES MASPERO

ll^KIRIgTBlTItll DB CLASSE DES SEBTICES CIVILS DE L'INDO-CHIKB

COBEESPONDANT-DfLliGUÉ

DB L'ÉGDLE FRtNÇAISB O-EXTBÉHB-OBIERT

PARIS IMPRIMERIE NATIONALE

PL

4523

19 15 521870

» '

A LA MEMOIRE DE MON FRÈRE

JEAN MASPERO

TOMBÉ AU CHAMP D'HONNEUR

DEVANT VAUQUOIS (ARGONNE)

LE 18 FÉVRIER 1915

INTRODUCTION.

Cette Grammaire la première qui traite de la langue Khmère est le fruit de vingt années de labeur, et, au moment de m'en séparer, non sans mélan- colie, je me demande si elle n'eût pas gagné k rester encore quelques années sur chantier. Mais il faut savoir se borner: le mieux est, dit-on, Tennemi du bien. Du moins ai-je conscience que, telle qu elle est, elle présente une étude assez approfondie du Khmèr pour que ceux qui viendront après moi n aient qu à la compléter et la développer. Qu'ils aient, quand ils le feront, quelque indulgence pour mon œuvre. Depuis mon arrivée au Cambodge comme chancelier-stagiaire il y a n i ans, hélas ! , je n'ai cessé d'en étudier la langue et de pren- dre des notes qui ont , peu à peu , constitué les éléments de cet ouvrage. Monsieur Louis Finot, qui en a pris connaissance pour la première fois il y a plus de 1 3 ans , alors qu'il était Directeur de l'Ecole Française d'Extrême- Orient, m'a toujours engagé à le publier et ses critiques, renouvelées au cours des différentes lectures qu'il en a faites, m'ont souvent obligé à de nouvelles et longues recherches qui m'ont permis d'éclairer bien des points obscurs. Je tiens à lui manifester aujourd'hui toute ma reconnaissance de la patience avec laquelle il a bien voulu relire chaque fois mon manuscrit k ses différentes

viii INTRODUCTION.

étapes et m'adresser chaque fois de nouvelles observations dont j'ai toujours tiré grand profit. Si donc quelques règles semblent, à première vue, contestables, quelques propositions hasardeuses, je prie qu'on y regarde à deux fois avant de les condamner. Je n'ai rien écrit qu'après de longues et nombreuses recherches, rien enregistré qui ne fût appuyé sur des exemples probants et s'il reste , peut-être , des points à développer, il n'en est aucun , je crois, qui ne mérite d'être retenu.

L'Imprimerie nationale, grâce au bon vouloir de son Directeur, Monsieur Mouton , a, pour l'impres- sion de cette grammaire, composé, gravé et fondu un caractère Khmèr. J'y ai travaillé, pendant de longs mois, avec MM. Muller, Chef du Service de la Gravure, et Guillaume, Chef de la Composition, et on pourra, à l'examen de ce livre , se rendre compte du beau résultat auquel ils sont arrivés. Leur caractère est, je crois, ce qui peut se faire de mieux en ce genre, étant donné la complication de l'écriture cambodgienne. Je ne saurais trop les remercier du concours éclairé et précieux qu'ils m'ont apporté en menantà bien l'impression d'un ouvrage pour lequel ils avaient tout à faire et tout était nou- veau pour eux.

Paris , le 1 5 Septembre 1915.

Georges Maspbro.

(GRAMMAIRE

DE LA LANGUE KHMÈRE

t .

(CAMBODGIEN).

-1 r T ^^C}^ r .1 ^— ^

CHAPITRE PREMIER.

LES pHERS : LEUR AIRE DE DOMINATION ET LEURS RAPPORTS AVEC LES PEUPLES VOISINS. LA LANGUE KHMERE. : SES ORIGINES ET . PARÏNTÏS, SON DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE.

1. La langue qui fait Tobjet de la présente étude est parlée par les cr KhmèrsT) auxquels nous donnons le nom de (T Cambodgiens 7)/

Les Pimërs dénomment leur patrie Uyn l9I Srok khmèr crie pays khmèr?) ou fi fil l9î Nokir (se. Nagara) khmir crie royaume khmër^

et se disent eux-mêmes HAJ (91 mnïs khmèr frdes hommes khmèrsT).

Ce nom, d'origine inconnue, est très ancien. On ie retrouve sur les premières inscriptions en, langue vulgaire. L'Histoire des T'ang (608-906) le cite sous la forme Ki-Mao *$ H ^^^; et, dès le ix* siècle, les relations des voyogeurs arabes mentionnent un roi de crComar^ pays qui produit Tâloès surnomme al eomâry (^).

^'^ Ht Mit JiTteoK rang Ckou, k 197, article Tchen-La JK JK «^ If ^ ^ Sin Tang Chou, k laa *]« , article Tchen-La, rédigés aux x* et II* siècles.

^') Rbuiaud, Relation des voyages faits far les Arabes et les Persdns datis VInde et à la Chine dans le ii" siècle de Vère chrétienne, Paris, Imprimerio royale, i8&5, p. 97. F. Alfred Macry, Examen de la route que suieaient, au II* siècle, les Arabes et les Persans pour aller en Chine, d'après la relation arabe traduite successivement par Renaudot et Reinaud {Bulletin de la Société Se Géographie, avril 18&6, p. 36 et suiv. dii tirage â \âx\), Cf. également Georges Maspbro, L^Empire khmèr , Phnom-PeiÂ, Imprimerie du Protectorat, t9o4, p. 76. '

OIAHHAIRI KBHiRB. 1

iHriuimaiK mnoiAU.

2 GRAMMAIRE KHMÈRE.

Les peuples Yoisins font adopté. Les Ghams en ont fait Kvir,

Kmir^^^ et, aujourd'hui, J[Wr P^QP^^^ les Siamois, IVIJ Khemer, présentement prononcé Kkàmén; les Laotiens, ^ÇX)X) Kkamen ou <^^U^ Khom; les Annamites, Cao-Mên ft^k^^lKH^'

Notre mot ir Cambodge* vient du portugais (^) Kambaja, transcrip- tion presque littérale de ndCll Kmf^fmeea Ka/fimija sur les in- scriptions — nom sous lequel les Khmirs désignent leur pays dans le protocole oflBciel et diplomatique. Les Siamois en ont fait fimiT Kàmphuxà,

2. Les Khmèrs sont aujourd'hui au nombre d'un million sept cent mille environ, répartis entre le pays khmèr pro- prement dit r le Cambodge de nos cartes et les pays limitrophes : Gochinchine , Siam et Laos.

L CiMBODGI, COCHIRCHIIIB BT LaOS.

Voici pour chacun de ces pays, et par résidence^^) ou province, le chiiire de la population cambodgienne (kbmëre), tel qu'il est d<mné \Y Annuaire général de T Indochine pour igiS^^^ :

<*' Forme des anciennes inscriptions. Cf. notamment : InteripiiaH ekame de Pô-Nagar de Nha-Trmug, Tour nord , Piédroit sud R a , n* 3o de YInt)eHtaire de$ Inscriptûms du Chaufa ef du Cambodge, par Georges CoBDks dans le Bul- letin de PÉeolefrançaiee d'Extrême-Orient, t. VIII, n* i et 3. Cet ouvrage est désigné par la suite sons la rubrique : In»entaire Cœdh. Le Bulktin de l'École françaîee d'Exirimê-Orienl sera mentionné sous Fabréviation B.É.F.E.-O,

^*) C'est également sous le nom de (rKurn que les Bahnars désignent les Cambodgiens.

(*) Sur lés premiers vojfages des Portogab au Cambodge, (Df. Georges Maspebo, L'Enupireihmèr, p. 78.

<*) Le Cambodge est divisé, en ce qui concerne Tadministration du pro- -^tectorat, en résidences placées sous le contrôle de fonctionnaires des Services civils de Flndochme, rdeyant directement du résident supérieur qui repré- dénie le gouvernement français auprès du roi; et la Cochinchine, en pro- vinces administrées, sous la haute autorité du gouverneur de la colonie, par des fonctionnaires du même corps.

^^) Annuaire général de F Indochine, îgtS^ Imprimerie d'Extrême-Orient, Hanoi-ifaiphong, 191 3. Ces chiflres sont empruntés à la 9* partie : partie administrative.

LES KHMÈRS.

a. Cambodge.

POPULATION.

Kampol'»». fiflR K'ivpit . 69,538

Kandal fifflfU Kandàl . . 2o5,i66

r ' •". -

Kompong-Cham. rSHti GDH Kcappcn çàm 3o6,7d&

Kompong-Chhnang. nHu Clti Katfipon çhnàû 5o,o6o

Kompong-Thom. . . nClu G Kampin thoni 97,012

.Prey-Veng. . . . . .'. l^H'ù PnivèA 987,488

Strung-Treng wb fJRb 5«ii (rèn 6,941

Takeo.c îù tnï Ta kk ,.. i83,B45

BatUmbang. ; , ... Iflî uUu Prd Daiphan. ......... . 9ao,obo

Ville de .Phnom- ^^ ^ [Ç\^ Kr^ Phnhtn feU. ......... ^^J^^

Penh.

i,336,o37

» r -

Ces 1, 336,087 individus ne forment pas toute la population du Cambodge* V Annuaire y mentionne encore 288,101 étrangers dont les trois quarts parlent le khmèr aussi couramment que leur langue propre :

POPULATION.

r

Annamites tUB Yuon .' 83,333

Birmans fi9p Kaulà ou fitfl Phumca 1,631

Ghams OTlH Càm 1,1 o4

Chinois 08 Cën.. . ; . . . i3o,92&

^') J^adopte ici Forlhographe officielle. La Iranscription exacte est donnée après le nom en caractères kbmèrs.

1 .

A GRAMMAIRE KHMÈRE.

POPULATION.

Français CpflQ Bàràn ^9^79

Indiens fifa Klèfi^^) iio

Japonais tUDfi Yipun Sa

Tribus sauvages ^^^ 35,761

Laotiens ?\S)} Leav i3,6&o

Malais u) Créa i8,i9&

«

Siamois [AJjH Siem 3,i6&

988,101 b. Cochinchine,

POPOIATIOir.

Bacliéu 9n I5l Tïfc kkmaoW. . . ; ibT?©©

>. nCT)C1 lAjrn n Kwiftpap srakh frei 19,&0&

Cantho" fpn 1(11 Prèk tvsei 17,896

Chaudôc ttÎR [on Afai crfi* a3,438

Hatién fTlH P«am ; 3,646

Long-xuyén QinO Bàràç 9>937

Rach-gia [Htifi (\J Kramuon sa 33,689

Soctrang CpOTlfi Bàsak ^9,980

^*) Se. kalOiga.

(') nh pn^; ttyjb itien; db c^; HCU kuoyy etc. Le chiOre de la

population est, pour ceux-ci, plus approximatif encore que les précëdenls. ^'^ Le premier nom est celui qui désigne officiellement la province; le nom en caractères avec sa transcription est celai que donnent les Khmèrs à la région. Tijç khmao » annamite Cà-Mau,

LES KHMÈRS. 5

POPOLATIOV.

Tân-an nflfa tfTl Kampon kou... i85

Tâyninh tDa uT Rmn iamm 7,6o3

Travinh [n: [RCTlfa Prâ frapean 66,a6o

Saigon (») IjS BRI Prei noUr 90

Vinh-Iong fufa tUTlI Ldn Wr. 46i

337,988 A ce nombre il convient d'ajouter :

a. Les métis Cambodgiens-Chinois qui parlent tous le cambodgien et sont au nombre de 98,000 environ répartis entre les provinces de Soctrang et Travinh;

b. 56o Malais ou Chams de Chaudôc qui s'expriment en khmër aussi bien qu'en leur langue propre.

c. Laos.

POPULATION.

on I

Pakse OCpOnn Canipàsàk ; . . . . 1,286

Soit, pour rindochine française, un total de 1,675,31 1 ^^\

IL SlAM.

Il est assez difficile de déterminer, même approximativement , la population khmëre du Siam. Les chiffres officiels donnés par le gou- vernement siamois semblent établis sans contrôle sérieux et ils en-

^^^ Y compris Giadinh et Cho>-16>n.

^'^ Ces chiffres sont très approximatifs. On les a obtenus en multipliant le nombre des inscrits aux rôles d'impôt de capitation et prestations })ar un coefficient, variable selon les résidences qui représente la famille.

6 GRAMMAIRE KHMËRE.

globent sous une même rubrique Cambodgienê el AnnamUes, Graham ^^^ parie de 80,000 Khmèrs; mais je crois ce chiffre très inférieur h la réalité.

3. L'aire de domination des Khmèrs a été beaucoup plus étendue et a englobé, à certaines époques, tout le bassin inférieur du Mékong à partir de Luang-Prabang et peut- être Xieng-Sen, et du Ménam à partir de la muraille de Kamphëng-Phet.

Les Annales de Xieng-^en^^) conservent le souvenir de la domina- tion khmëre sous un roi nommé Suryavarman ^'), probablement le second du nom ^^) à s'en rapporter aux Annales annamites jquijnous le montrent attaquant le Nghé-An en 1 1 28 A. D. ^^\ Et la suprématie de Jayavarman Yll était assez bien établie dans le Haut Laos pour qu'il ait pu y édifier, en 1186 A.D., près de Tactuelle Vieù-Chan, un hôpital dont la charte lapidaire est parvenue jusqu'à nou^ ^^\

Les Annales khmères (^^ disent de Prâ Barbm Nipeanbàt qu'il régnait

^') Graham, A Handbook ofpracHcal, commercial and poIUical information ^ IjOiidres» Alexandre Moring, 1919, p. 109.

t') L'École française d'Exlrême-Oiîent en possède une leçon khmèrc men- tionnée au n"* ii3 de la Lute des manuscrits khtnèrs, publiée au Bulletin de

l'École, II, 387, sous la rubrique nijpftfl [fUn ^ Pohsàvijâ swb

Leav (T Annales du Laos?'».

^'^ 11 y est appelé Suryavamça et dit roi d'indraprasllia , qui est le nom donné à Ankàr dans les Annales siamoises et laotiennes.

^*) Sur ce roif cf. Georges Masp^ko^ L'Empire khmèr, p. Aa et suiv.

^'^ Cf. Georges Maspbho, Le Royaume de Ckampa, dans Toung Pao ^ ^ Q\x Archives concernant l'histoire, les langues, la géographie et Vethnographie de l'Asie orientale, lucide, Brill, vol. XIV, juillet 191 1, p. 993 et 998.

^•^ Inscnption sansciite de Say-Fon (1108 ç.), n* 368 de i Inventaire Cœdès, Cf. FiNOT, Notes d'épigraphie : I(. L'inscription sanscrite de Sayfong {'B.É.F.E.'O,, m, p. 18 à 33). Georges Maspbro, Une ville morte {ibid.,- I, p. 18). Lunet DE LAJONQUikRB, Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, t. II, Paris, 1907, p. 96.

. ^'^ n: no nfapfd^ [nfa nnCfl Su Prà reac i)ihsàvidà brm kam- pucea thipdei «rSaintes Annales royales du Royaume de Kampncea (Gam-

LES KHMERS. 7

en 1 3&0 AD^^) sur trois villes : Eiûtibât (Iiidraprastlia=-Aûkèr) ; Setanâ konohût (Luang-Prabang), et Tep Baurei^^) (probablement le bassin inférieur du Ménam, au sud de Kampbëng-Phet^^)). Et, au début' du XVII* encore, Tempire khmër s'étendait jusqu'aux rapides de Khônef*).

D'autre part» les inscriptions anciennes relevées dans le Siam actuel (^) permettent pas de douter que la domination khmëre a prévalu jusqu'au xi'ou xii* siècle dans toute la partie du bassin du Ménam qui s'étend au sud de la muraille de Kamphëng Phet. ^

Enfin, tout le pays que nous appelons aujourd'hui Gochinchine était encore, il y a moins de deux siècles et demi, une terre unique- ment cambodgienne. C'est en 1 658 seulement que les armées anna^' mites y pénétrèrent pour la première fois ^^h

bodge))) , p. 3 de la Liste des manuscrits kkmèrs de f Ecole française d'Extrême-' Orient {Bulletin de l'École, II, p. Sgi).

^*^ Cf. Georges Maspbro, L'Empire khinèr, p. 54.

W EinHbài {Indraprastha) (i^Ùfi-, Sëtanâ kinihôt fÛf)î\ST\ flBlÂR;

Tep Raureil^Ç) Vl. ~ *

^^^ Kampkéng Phet hiin>^ mii .

<*) ffLe 17 (août 16&1) nous arrivâmes à Boetjong (Cp Uu Cih, h

l'embouchure de la rivière de Strung Trèng). . . Il y a cinquante ans, les rois du Cambodge résidèrent ici; mais, menacés d'invasion par les gens du'. Laos, ils abandonnèrent la place, laissant l'élise (il s'agit d'un temple khmèr) tomber en mines dans la forêt et se fixèrent dans les basses terres,, ils sont encore actuellemenl'> , Van-Wusthoff, Hisloires singulières qui $e . sont passées dans les royaumes du Cambodge et au pays du Laos, aux Indes orientes depuis l'année 1 635 jusqu'en l'année î6àà avec le voyage des Néer-' landais, du Cambodge, en remontant la rivière de Laos, à Vinejan, la Cour de S. M. le roi de Laos, Et enfin le cruel massacre qui a eu lieu au Cambodge pat, les Indiens, en l'an iSiS. Haarlem, imprimé die^ Piéter Casteleyn, demeu-. rant au marché dans la couronne impériale, 1669.

^*^ Sur les inscriptions en langue khmère relevées dans le bassin du Ménam,\ cf. Aymorier, Le Cambodge, Paris, Leroux, 1901, t II, Les provinces sia- moises, chap. IV, L'épigraphie du Ménam; et Lunet db LAJONQUièRB, Invetitaii'è. descriptif des monumenis du Cambodge, t. II, chap. v. Vallée du Ménam,. . ;

<*J «rEn première année ^ ^ Vînh Tho de Ijt If ^ Hoàng Ton,

en automne le gouverneur de la province fronlière avec

9,900 hommes. . . parvient jusqu'à la citadelle de Moi-Xuy ^ ^ (Baria)

s GKAMMAIRE KHMÊRE.

4, Les Khmèrs à en croire la théorie généralement admise aujourd'hui ne seraient pas des autochtones, mais des immigrés venus des régions occidentales de rinde probablement entraînés en une vaste migration des peuples vers TËst.Les régions qu ils habitent aujourd'hui auraient été, avec la Cochinchine, TAnnam ancien Ghampa et les côles de Tlndochine méridionale, rhabilal primitif des ancêtres de la race malayo-polynésienne, dont les Ghams seraient les descendants directs et les Malais les descendants émigrés.

"Cette thèse soutenue pour la première fois, à ma connaissaDce du moins, par Kern en une étude intitulée Le berceau de la race ma- ïayo-polynésienne ^^\ développée par Kuhn^^J, Himly^'^ Niemann^*), Brandès^^) et Blagden^^) est établie sur des données purement linguistiques ^'^\ et aucun fait historique n'eat encore venu la corro-

du Cambo(Igei), $ £ M S ÎÉ^ Giordink-thânh JUng-Chl, ItJ, 3 ah et ^ ^ 1^^ Cao-Min Stf^^iek, s(. .— Cf. également Georges Maspbro, L'Empire khmèr, p. 63.

(*) Kern, Hel Stamland der MakUch-Polyneêisehe Volken {Tijdsehrift voor Nederlaiidsch'Indié , nouv. série, i8* année, juillet 1889). : (*^ Kdhn, Beitrôge zur Sfrachenkunde Hinteriniiens (Sttzungsherichte der Philowphiseh-Philologiêchen und Ilistorischen Classe der koeniglichen Akademie der Wissenschafien , Munich, 1889).

(') HiHLY, Bemerkungen ûber die Wcrthildung des Mon {ibid., 188g, H, p. 960-977) et Ueber den Woerlerschatt des TschamSprache {ibid.),

^*) NiBMANN, Bijdrage tôt de Kennis van der Yerhmding van het Tjam tôt de Talen van Indonésie (Bijdragentot de Taal-, Land- en Volkenhtnde van Neder- landsch-Indiëj Leide, 1891).

^*) BRANDàs, Bijdrage tôt de Vergelijkende Klankleer der Westersche Afdee- ling van de Maleisck-Polynesiscke Taalfamilie,

^') Blaodbii , A Malayan Elément in some of the Languages of Southern Indo- china {Joum. Royal Asiatic Society Straits Branch, Singapore, 196a, July,

38, p. 1-97).

. ^'ï J'ai moi-même, dans L'Empire khmèr (190/1), p. 9 9-93, bien qu'igno- rant aleps les travaux de Kern , Himiy, Niemann , Brandès et Blagden , et avant que P. .W. Schmjdt écrivît Die Mon-Khmer Fdtter (1905), préconisé sem-

LES KHMÈRS. 9

borer. Les Chams n'ont laissé de vestiges qu'en Annam (^) ; et les débuts de l'histoire les trouvent déjà cantonnés et refoulés sur le versant oriental de la chatne annamitique , si tant est qu'ils Taient dépassée vers rOuest autrement qu'en expéditions guerrières ^^K Les Annales kbmères rapportent bien une tradition disant que les Gbams ont été leurs prédécesseurs dans la région des Dangrëk (') et que leurs ancêtres à eux sont venus de Tlnde conduits par un nommé Prâ Tbbn ^^^ qui épousa une. fille Naga et procréa la lignée dès rois du Cambodge; mais elle peut ne marquer que le lointain souvenir des premiers colo- nisateurs hindous, dont le chef aurait épousé une reine du pays^^). Elle est, aussi bien , en contradiction avec la légende même par laquelle débutent ces Annales : Tancétre, la souche des souverains du Gam* bodge n'y est plus un étranger, mais bien un gros lézard (^) qui

blable théorie, à la suite de rapprochements que j'avais établis entre le khmèr et les peuplades que G. Gampbel [India as it may be (i853)] réunit sous la dénomination de «rkolariennes». J'avoue cependant me sentir plutôt porté au- JQurd'hoi i voir en les Khmàrs et les Mon des autochtones au même titre que les Chams : Les premiers. Mon et Khmèrs, auraient habité les régions inférieures des bassins du Mékong, du Ménam, de la Salouen et le nord de la presqulle de Mdaoca; les seconds, la partie orientale de la Ghatne anna- mitique.

(*) Le seul document cham qu'on ait encore trouvé en dehors du territoire de l'Annam est l'inscription de Biênhoà, n** i de Vlntentaire Ccfdès, sur la ficontière même il n'est pas inutile de le rappeler du Paç^uranga qui formait la province la plus méridionale de l'ancien Champa. Cf. Georges Maspero, Le Royaume de Champa {Toung Pao, mai igiS, p. 161 et 166).

.<') Sur les débuts de l'histoire chame, cf. Georges Maspero, Le Royaume de Champa, chap. 11.

<') 0 uu lin Phnim Dan rèk, la chaîne de montagnes qui limite le

bassin du Tinle-^^ 9(6 HJIU au Nord et forme aujourd'hui la frontière du Cambodge occidental.

p: td^fe

w [Pi: Itno Prà thih.

(*) Cf. la l^nde de Kaun^inya (Hwen l'ien JS i||) et Feuille de Saule {LieoihYe ^ |||). P. Pelliot, Le Fou-Non {B.É.F.E.-0., III, p. 990 et suiv.).

r <*) iRntl trakttot. Gros lézard d'eau de la famille des Varanidés {Varamte Nehuloeus Gray); en annamite eon k^ den.

10 ; ^'^] GRAMMAIRE KHMÈRE.

habitait Técorce d*un tlok^^^ dans la région des Dangrèk et qui, devenu homme, fut le premier roi des Khmërs.

De sérieuses études anthropologiques seules pourront en décider i^). Jusque et tant que nous n^aurons comme base de discussion que les documents publiés à [ce jour, les démonstrations ethniques ne pourront que rester vaines^^comme il appert de la tentative de Schmidt dans son étude^d^ensemble sur les peuples Mon-Khmèr ^^\

^^^ 9 n tl^. Pygeum êpecUs de la famille des Amygdalées. Càm en anna- mite. Arbre abondant au Cambodge; sans grande valeur, et dont Tëconae épaisse est sillonnée de larges anfractuosités.

(') Des fouilles raisonnées dans les stations préhistoriques déjà connues feront certainement découvrir des crânes et squdettes qui fourniront des bases certaines de comparaisons. On n'a guère fait jusqu'ici qu en extraire^- ti^s superficiellement, des objets en pierre taillée. Cf. à ce sujet, D' CioREB, Rapport sur hs objeU de Page de la pierre polie et du bronze à SomrongSem [Cambodge] {Excuntons et ReconnaUsancet , Saigon, 1879, 1, p. 95, laS) et Rapport sur de nouvelles recherches relatives à l'dge de la pierre polie et du bronze en Indochine {ibid,, 1880, III, p. 36 1, 384). Moora, Le Royaume du Cambodge, Paris, Leroux, i883, 1, i3/i, i5i. D' Noulbt, L'dge de la pierre polie et du bronze au Cambodge d'après les découvertes de M, Moura, Toulouse, Ed. Privât, 1877. Marsuy, Stations préhistoriques de Somrong- Seng et de Long prao (Cambodge), Hanoï, Schneider, 1903*

^^ P. W. ScHHiBT, Die MonrKhmer Volker; Ein RindegUed zwischen Vôlkem Zentralasiens und Austronesiens, Braunschweig, Druck und Verlag von Friedrich Vieweg und Sohn, 1906, traduit et publié dans R.E.F.E.-O,, VII, 34, 1. Pour le Cambodge, Schmidt se sert des documents réunis par Maurel et Zaborowski. Us paraissent des plus contestables : les mensurations données n'ont été relevées que sur des squelettes , et il n'en est fourni aucune indica- tion d'origine ou de localité. Or le Cambodge est éminemment un pays de métissage, on en peut juger^par le tableau de la population étrangère donné au paragraphe a et il convient de n'enregistrer d'observations que sur des sujets nettement khmèrs et par conséquent dans certaines régions très déterminées. Faites sur des riverains du Grand Fleuve, du Tônle-Sàp, ou des habitants de Phuom-Penh, elles ont quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent d'élre fausses, le sujet étant probablement un métis. Enfin, le D' Maurel semble doué d'une imagination des plus fantaisistes : Dans les conclusions de son deuxième article {Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, VIII, i\Vsérie)^il déclare que. les I^braèrs sont à rattacher à la race aryenne, parce qu'on a trouvé des inscriptions sanscrites au Cambodge ce qui est bien la preuve d'une migration ! mais qu'ils ont été altérés par des apports de sang mongolique et des métissages avec les sauvages locaux I

LES KHMÈRS.

11

Quoi qu'il en soit de celte théorie, aussi bien, il n'en résulte pas moins des données historiques recueillies jusqu'ici que, si les Khmèrs sont venus du dehors et ont chassé les Ghams des régions qu'ils occupent aujourd'hui ce qui reste à prouver , leur immigration y est très ancienne et bien antérieure à l'époque historique. Il ne sau- rait donc être question d'en fixer ni même discuter la date comme Schmidt semble prêt à le faire avec Maurel ^^K

. 5. Si Fétat des éludes anthropologiques ne permet pas encore de fixer les rapports ethniques des Khmèrs avec les populations qui les entourent, au moins est-il possible déjà de les rattacher llnguistiquement à un certain nombre d'entre elles; savoir :

Sur

la rive

droite

du

Mékong

Sur les deux

rives

du.

Mékong

les Pear

et les Gôn

Sur la rive gauche

du Mékong

les Kuoy

et les

c i Sue

les

Stieà,

Pnôù,

Krôl ,

Tiom-

Pueun et

Rman,

Brao

cautonnés dans la région des mon- tagnes de Pursat et de rÉléphaiit;

«

qui forment en réalité une seule tribu aujourd'hui coupée en deux fractions : les Kuoy dans les forêts des Dangrèk, sur la rive gauche; les Suoy (Sue), au nord de Sara- vane, sur la rive droite;

/ les peuplades

qui s*étendent entre 1 de langue

les plaines du Mé- 1 ^^^^i .^ .

koni; habitées par I i , .

1 ?u \ i 1 ( Ivnésienne,

les Khmèrs et les \ ^

régions occupées I '^ ^^^^^ "®^ par [ Cho-Ma

\ (Ghe-Ma);

^^^ P. W. Schmidt, Die Mon-Khmer Vdlker, p. a^g.

12

GRAMMAIRE KHMÈRE.

Sur la rive gauche

du

Mékong

(«mte)

I

les \

Bàhnàr,

Sedan ,

Bôiôvèn,

Kasè A ,

Àlàk,

Ve,

Kon-Tu ,

TaHoi,

Leun

qui occupent tout le ( ^^^ Annamites pays situé entre 1 à l'Est, les régions ha- j les Khmèrs à bîtées par [ l'Ouest,

entre les Brao et peuplades de langue chàme au Sud et les Suoy au Nord.

L'étude ethnique des peuplades de langue khmëre n'a pas en- core été entreprise, au moins d'une façon qui mérite d'être retenue. Seuls les Pnbn ont fait l'objet d'un travail rédigé sur les données recueillies au cours d'une exploration effectuée par le D' Harmand^'); it constate nettement l'analogie des hommes de cette tribu avec les l^hmèrs.

Par contre, il a été réuni, à ce jour, un assez grand nombre de vocabulaires de leurs différents dialectes pour que la division que je présente ici puisse être définitivement adoptée en ses lignes géné- rales.

Deux d'entre eux présentent un intérêt tout spécial, moins par eux-mêmes que par les langues qu'ils étudient : le Dictionnaire stieng d'Azémar ^*J et le Dictionnaire bahnar-^rançais de Dourisboure ^^\

Si le stien et le bàhnàr en effet sont tous deux, à n'en pas douter, du khmèr non évolué, le premier, de par son aire géographique, a

<^) E. T. Haut, Notice sur les Penongs Piaks [Extrait des Bulletin» de la Société d'anthropologie de Paris (séance du 18 octobre 1877)], A. Hen- nuyer, Paris, 1878. Cette notice, lauteur le déclare lui-même, a été ré- digée à l'aide des notes envoyées par le D' Harmand au cours de son explo- ration.

<') H. AziÎMAR, missionnaire apostolique, Dictionnaire Stieng, Recueil de 9,5 00 mots, fait à Broldm en 18 63 [Excursions et Reconnaissances, XII), Saigon, imprimerie coloniale, 1886. Cf. également le vocabulaire donné par le lieutenant Gautier dans une étude intitulée Stiengs de Brolam qui a paru dans les Excursions et Reconnaissances, n"* i/i, p. 9/10 et suiv.

(') DouRiSBouRB, Dictionnaire hahnar-français , Hongkong, imprimerie de la Société des Missions étrangères, 188g.

LES KHMÊRS.

moins subi l'influence étrangère que le second dont le vocabulaire se ressent du voisinage des peuples de langues annamite et malayo-po- lynésienne. Or les peuplades sauvages de langue khmëre peuvent être réparties en deux types selon que le dialecte en est, comme le stien, purement khmèr, ou qu'il a , comme le bàhnàr, subi en son vocabu- laire rinfluence des langues annamite ou malayo-polynésienne. Nous appellerons:

le premier : type stien , le second : type bàhnàr.

>

A. -^ Peuplades sauvages dont le dialecte se rapproche du type slieà : .

Pear, Pnbn,

Côn, Krôl,

Kuoy, Tiom-Pueun'et Rman,

Suoy (Sue-So), Brao.

Stien,

B. Peuplades sauvages dont le dialecte se rapproche du type bàhnàr:

Bàhnir,

Ve,

Sedan avec les HàlàA,

Kon-Tu,

Bblbvèn ,

Ta-Hoi ,

Kasèà,

Leuû ").

Xlàk,

En ce qui concerne les Suoy, branche orientale de la tribu Kuoy, il convient de remarquer que leur dialecte, bien que très semblable au type stien dans certaines régions, s'en écarte beaucoup dans d'autres. Les Suoy sont en effet les plus septentrionaux des sauvages du groupe khmèr; refoulés par les Laotiens (Pou-Thaï), ils résident encore aujourd'hui en groupes importants au Nord de Saravane; mais, à partir de Muong Tchepou , ils sont disséminés au fond des vallées , mêlés à l'élément thai, et on en retrouve des villages isolés jusque sur le versant oriental du Trfln-Ninh, sous les dénominations de Sue

^*^ Sur l'habitat de toutes ces tribus, cf. l'ouvrage de H. MaItre, Les jungles mot, Paris, Larose, 1919, 3* partie, chap. i", Géographie, ethtuh graphie, p. 398 et suiv.

1& GRAMMAIRE KHMÈRE.

ou que leur attribuent Annamites et Laotiens. Mon frère, Henri Maspero, m'a dit même avoir rencontré, au Nord de la région de Gua Rao, des peuplades de langue mon-kbmèr elles se désignent elles-mêmes sous le nom de Pen ou Ten qui sont probablement les représentants les plus septentrionaux de la famille suoy.

Outre ces dictionnaires stien et bàhnir, il a été publié des vocabu- laires cmnparés de plusieurs dialectes de langue khmère. Voici les plus importaits:

DouDAHT DE LAGRfe et Frasck Gabnier, Vocabuîaireê Indo-Chinm. Tableau n** i : Kuoy (qu'il appeDe cr|^hmèr ancien, sans doute à

cause de Tappellation de l9I tUlH khmer inam^ qui leur est quelque- fois donnée), Samre, G6n, Stien, Bàhn&r, Sedaft et quelques sous- dialectes, dans Voyage d'exploration en Indochine, Francis GâuriSR, Paris, Hachette, 1878, II, 498-607.

MouRA, Le Royaume du Cambodge, Paris, Leroux, 188s, I, &&0- 447. Vocabulaires: Samre, Pear, Kuoy, Pn5n, Stien, Brao (Prou),

Enfin on trouvera à TÉcole française deux séries de vocabulaires non publiés : .

Oderd'hal, Vocabulaire comparé : Kasen, Bëlbvèn et Djru (Ghuru), Seda& (et H&Un), Bàhnàr. 0. Gabaton les a étudiés dans Dix dialectes ind/ochinois recueillis par Prosper Odend'hal^Journ. as,, mars-avril 1908).

A. La VALLÉE, Vocabulaires de diverses IrJmsdu Sud-Est de V Indochine : B61bvèn, Xlàk, Hàlàn, Bàhnàr, Sedan.

e. Le groupe ainsi formé des trKhraèrsfl et des cr Popu- lations sauvages qui leur sont linguistiquement apparentées d est entouré :

au Nord et à ) siamois,

1 Ouest par des f , . .

S ) Laotiens,

peuples ( . . . . .

de lan^e thaï 1 ''"^"^ ^ dialectes siamois ou laotiens; au Sud, au Nord et à l'Est par les Annamites;

LES KUMÈRS.

15

à l'Est

/

par des peuples

de

langue

malayo-

polyné-

sienne

/ Ghams proprement dits, aujourd'hui cantonnés dans rExtrème Suid-Ëst de la chakieannamitique;

1 qui occupent les hautes vallées des

1

peu- plades . sau- vages

Raglai ,

Churu,

Pih,

Rade,

Jarai

1

deux versants de la chaîne annami- tîque entre les ré- gions occupées par les Annamites et les Ghams à TËst, les Gho-Ma [Ghe- Ma] et populations de langue khmère à l'Ouest et . au 1 Nord; par l'importante tribu des Gho-Ma [Ghe-Ma] dont le dialecte semble intermédiaire entre celui que parlent les peuplades de langue nialayo- polynésienne et celles de langue khnaère.

A lire Henri Maître, dans le très intéressant ouvrage qu'il a écrit à ta suite de sa mission en Indochine Sud-Centrale (^), les Gho-Ma (Che-Ma) seraient à classer dans le groupe des peuplades à dialecte khmër. Je crois qu'il n'en est rien et verrais plutôt en leur langage un intermédiaire entre le khmèr et le cham. Il convient d'ajouter, d'ailleurs, que cette opinion acquise à la lecture du seul ouvrage que nous ayons sur ce dialecte, le Dictionnaire Cho-Ma qu'Oddéra a publié en 190& dans la Revue indochinoise est énoncée sous toutes réBerveâ et sous bénéfice de recherches ultérieures phonétiques aussi bien que morphologiques.

^^' Henri MaItre, Les jungles Moi, Paris, Larose, 1913.

16 GRAMMAIRE KHMERE.

1. Le khmèr et ses dialectes forment , avec la langue mon et les dialectes sauvages à elle apparentés, un groupe qui a reçu le nom de tr mon-kmèr».

Les Mon q^ ou goo^ Mon y H 6 Mon en khmèr , auxquels nous donnons le nom de Pegouans et les Birmans celui de Talaings, étaient les habitants du royaume de Pegu qui a occupé toute la partie infé- rieure du bassin de Tlraouaddy, le Nord de la presqu'île de Malacca et, probablement, partie du bassin inférieure du Ménam oïli il était contigu du royaume khmèr. Battus et soumis par les Birmans venus du Nord, ils ont cessé, depuis 1986 A. D., de former une nation dis- tincte <').

Dispersés aujourd'hui sur les confins méridionaux et orientaux du bassin de Tlraouaddy, dans les provinces de Martaban et Tenasserim , et le Siam ils sont encore 80,000 environ, ils sont appelés à dis- paraître ou du moins à se confondre dans un avenir prochain avec les Birmans et les Siamois, leurs maîtres.

On verra, à Tétude comparée faite aux chapitres de TAlphabet et de la Phonétique, que Tétroite parenté du mon et du khmèr n'est pas contestable.

Les peuplades sauvages qui entourent l'ancienne aire de domina- tion des Mon ont été peu étudiées jusqu'ici. Cependant on a pu déter- miner d'étroits rapports linguistiques entre les dialectes palaung, wa, riang pariés par des tribus sauvages cantonnées dans le bassin de la Salouen, et la langue mon ^^\

A noter que le khmèr et le mon, les seules langues écrites du groupe mon-khmèr, se servent toutes deux d'un alphabet indien.

^'* Cf. Sir Arthur P. Phayee, History of Burma includtng Burtna proper, Pegu, Taungu, Tenasserim, andArakan, Lbndon, Trûbner and C% i883, et Phaybb, On (he History of Pegu {Journal of the Asiatic Society of Bengal, vol. XLII, part i), p. sS etsuiv., lao et suiv.

^'^ Griersor, Linguistic survey of India , vol. II, p. 1 et 38 et suiv., Mon- Khmer and Siamese^hinese Families {including Khàsi and 7ai), Calcutta, 190&; P. W. ScHUiDT, Die Palaung {Rumai) Wa und Riang Sprachen des Mittleren Salwin-Gebietes , appendice à Grunzûge einer Lautlehre dei* Khasi- Sprachen {Abhandlungen der K. Bayer, Akademie der Wiss,, 1 Kl., vol. XXII, 3* partie), p. 778 et suiv.

LES KHMÈRS. 17

8. Certains philologues veulent réunir dans un même groupe iannamite, le cham et les langues mon-khmèr. Il y a lieu d'écarter définitivement cette théorie qui ne résiste pas à un examen comparé approfondi de ces diverses langues.

Imaginé par Logan ^^\ défendu par Forbes^^^ adopté définitivement par Fr. Mâlier(') et Kuhn^^) l'existence d^un groupe mon-annam comprenant le mon, le khmir, Tannamite, le cham et les dialectes des populations sauvages circon-voisines, semble aujourd'hui tel article de foi aux philologues que Schmidt n'a pas osé en déclarer rinanité. Tout en reconnaissant en effet que la langue annamite «me semble pas avoir la formation caractéristique mon-khmir due aux infixes et préfixes?) et que «d'autre part, avec son accent tonique, elle amène un élément étranger au groupe khmër?) , il la déclare tr indubi- tablement k classer dans le groupe mon-khmèr?) t^). Kean cependant, quoi qu'en disent Forbes^^) et Schmidt lui-même (''^ avait démontré en une discussion , établie sur les données fournies par les voyageurs français , qu'ethniquement aussi bien que linguistiquement ce groupe ft mon-annam y> était à condamner, (r l'annamite et le khmèr appartenant à